Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla

& Etcetera

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34,00€
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Fabrice Gygi

12 septembre — 24 octobre 2009

En réserve

Les œuvres de Fabrice Gygi n’obéissent pas à un régime performatif et ne sont pas destinées à des applications fonctionnelles : et pourtant, et comme signes et comme objets techniques, elles entretiennent de fortes relations d’implication à l’action et à l’utilisation. Les travaux expo-sés dans cette exposition pourront ainsi être rattachés à trois classes : les bijoux, les machines (Fliessband  et Star System) et les signaux (Strap-paints). En tant qu’éléments relevant de ces trois classes, les relations – singulières – que ces œuvres entretiennent à l’activité et à la fonc-tionnalité s’opèrent selon un mode soustractif, dans une manière de mettre (action et fonction) en réserve. Les objets, dans un sens auquel il faut accorder sa pleine littéralité, sont «exposés » : les machines ne marcheront pas ; les bijoux ne seront pas portés et les signaux resteront alignés au mur : ce qui les classe en tant qu’œuvres, accordant le primat au visible, les déclasse donc en tant que choses usuelles.

Mais on ne saurait se contenter de ce lieu commun – objets d’arts inactifs, animés par le seul re-gard –, car avec ce déclassement se réalise pleinement la mise en fonction et la mise en action des objets conçus par Fabrice Gygi selon un mode potentiel. Si Fliessband  et Star System, machines qui comportent des tapis roulants et des lames tranchantes en étoiles montées sur des axes ro-tatifs – et dont les fragments peuvent être assemblés, séparés ou réunis, montés ou démontés – ne disposent pas de fonction matérielle réelle, on devra surtout souligner qu’elles n’ont pas à en avoir une, précisément. Leur puissance virtuelle, qui ne s’inscrit dans aucune limite tangible, est liée à leurs utilisations et à leurs configurations potentielles. Il en va de même pour les Strap-paints, dont la facture renvoie autant à la rigueur des réalisations conceptuelles qu’au panneau signalétique générique, ou des bijoux, dont les formes semblent vouloir contraindre certains corps mais aussi pouvoir en meurtrir d’autres.

La mise en action de ces objets, dans sa mise en réserve, est à l’origine de cet étrange état de latence et de tension qui les caractérise, et leur permet d’échanger leurs propriétés pour finale-ment rejouer les classes qui les contraignent. Les machines Fliessband  et Star System adressent certainement un signal terrifiant (acheminement, broyage et découpage des matières ou des corps), mais elles se présentent aussi, silencieuses, comme un joyau rutilant. Les bijoux sont des signes aux lignes singulières dont les formes renvoient à celles d’objets techniques étrange-ment façonnés (des sortes de dés à coudre, de poinçons et de poings américains…). Aux rails en aluminium qui dessinent le signal des Strap-paints on pourrait accrocher ou arrimer des êtres et des choses : ils tracent aussi en trois droites parallèles les marques d’un blason se détachant sur fond rouge…

En cela, si tous les objets conçus par l’artiste font signe et s’adressent au spectateur en combi-nant, selon, les qualités du technique et du symbolique (voire de l’allégorique), de l’artisanal et de l’industriel, du concret et de l’abstrait, du fétiche et du trivial… dans le suspens de leur activation et dans la potentialisation de leurs fonctions, ils libèrent des affects de séduction et de menace, qui viennent finalement semer le trouble dans les catégories morales de l’ordre et du désordre.  Sans ambiguïté, dans l’ambivalence.

Christophe Kihm


Fabrice Gygi représente la Suisse à la Biennale de Venise, dans l’église San Stae (7 juin - 22 novembre 2009)

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