Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla

& Etcetera

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Heimo Zobernig

21 janvier — 2 mars 2012

Deux lieux pour une exposition. On attend là une intervention qui se joue sur les deux espaces à la fois, voire même un redoublement. Car Heimo Zobernig aime habituellement travailler sur la question du double : le double de l’artiste, le double de l’espace, ou le double de l’œuvre – que ce soit avec des miroirs, dans la vidéo Heimo Zobernig explique à son double comment on fait une performance, lors de la réactivation de symposium, ou encore en montrant ses catalogues et leurs références... Cette fois à la galerie Chantal Crousel, le redoublement n’a pas lieu de manière évidente. En apparence, un lieu est dédié à des sculptures dont certaines datent des années 1980 et à des vidéos, l’espace de la Douane et l’autre, la galerie de la rue Charlot, est réservé à une série de peintures récentes.

Que dire des peintures d’où semblent émerger des mots d’un épais brouillard ? Elles sont réalisées à l’aide de lettrages adhésifs placés sur la toile et recouverts d’une couche de peinture blanche. Lorsque les adhésifs sont enlevés apparaît ainsi un léger relief entre les lettres et le fond, qui persiste lorsqu’on ajoute d’autres couches de peinture à l’aide d’un couteau-palette. Parfois, une partie du fond est peinte directement en brun ou bleu sur la toile ce qui donne un effet plus foncé. Selon les configurations, les mots semblent alors émerger d’un brouillard ou s’y enfoncer. L’effet est phantomatique, la forme pure et minimale n’est plus l’apanage du langage comme on avait pu le voir dans de précédents travaux de Zobernig à l’instar de la série de peintures sur les termes «REAL» ou dans les billboards «AMERIKANER», «dCONSTRUCTIVISM» ou, le panneau «SKULPTUR PROJEKTE MÜNSTER». Les lettres apparaissent à présent en retrait ou en avance d’un ton et forment des mots se succédant, parfois avec des répétitions ou des coupures. Que pourrait-on en penser ? Des listes interrompues de genres artistiques, comme si Zobernig essayait de se convaincre ou de se rappeler de quoi il s’agit (PAINTING/PAINTING/SCULPTURE) ? Des jeux de mots bizarres (PAIN/TING/PAINTING) ? Une forme d’ironie à l’égard des artistes conceptuels, gardien des règles de langage, à la manière d’un Joseph Kosuth (BEIGE/OCHRE/MONOCHROME/ME/GOLD) ? Ou des rencontres qui font sourire (CONSTRUCTION/CHARM) ? Ce ne sont que des spéculations car « le texte n’est pas réellement sur la surface visible », nous répond Heimo Zobernig. « Les mots sont des peintures – des formes et des couleurs – et sont en filigrane sur la toile. Un phénomène. »

Sur certaines de ces peintures apparaissent un ou plusieurs fins tracés rouges qui viennent parasiter les fonds brumeux. S’agit-il des contours de formes réminiscentes de l’histoire de l’art ? « Parfois, je sais quelque chose, parfois je ne sais pas », explique Zobernig, évoquant de la sorte un inconscient artistique à la manière du jeune Ruskin et de son obsession des motifs que décrit Rosalind Krauss. Il est vrai que récemment, de manière surprenante, il a commencé à introduire des lignes courbes et des points dans les séries de tableaux inspirés de ses recherches sur Piet Mondrian et Ian Burn, alors même qu’il n’a cessé depuis ses premiers travaux d’explorer les questions laissées ouvertes par l’abstraction géométrique. Les lignes courbes réintroduisent ici une dimension subjective dans un domaine qui, jusqu’alors, relevait de l’objectivité (l’abstraction géométrique). « La ligne libre est une forme subjective mais aussi une manière de chercher une “bonne” forme. La grille reste objective » (Heimo Zobernig). En même temps, l’introduction des figures anthropomorphiques dans son travail vidéo et sculpture correspond aussi à une forme de subjectivation. Par exemple, dans l’autre espace de la Douane sont présentées une vidéo le montrant ainsi engagé dans un combat contre des formes vaguement humaines en couleurs Bluebox, rouge vidéo, vert video, ainsi que deux sculptures de la série des “lampes-étagères-mannequins”.

Le Lexikon der Kunst 1992  composé d’un abécédaire de listes de mots réalisé avec Ferdinand Schmatz avait fourni à Zobernig un cadre de règles qui a permis (en collaboration avec les graphistes ExperimentalJetset) la création des affiches et de la couverture du catalogue de son exposition au CAPC en 2009. De la même manière, les listes de mots donnent ici à Zobernig la possibilité de travailler la forme et la matière des mots sur la surface de la toile. Il rejoint ainsi un débat sur l’objectivation de la poésie, qu’avait ouvert Mallarmé et Broodthaers, et qu’on peut suivre récemment dans les travaux de Josef Strau, de Clément Rodzielski, de Michael Krebber ou de Bernadette Corporation.

Catherine Chevalier

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