Mona Hatoum
Reflection
30 novembre 2013 - 22 janvier 2014

La galerie Chantal Crousel est heureuse d’annoncer la sixième exposition de Mona Hatoum, qui célèbre vingt ans de collaboration avec l’artiste.

A travers ces œuvres récentes, Mona Hatoum poursuit ses réflexions sur les thèmes de l’intime, du domestique, mais aussi sur l'expérience de l'exil et les zones de conflit, qui animent sa pratique depuis trente ans. Les œuvres composent un paysage très personnel, qui révèle l’étendue de son travail en terme d’échelles et de matériaux, depuis les grandes installations utilisant le verre et l’acier, jusqu'aux œuvres sur papier incluant ses propres cheveux.

Cellules (2012-2013) est une installation constituée de huit structures à taille humaine, construites avec des tiges en acier utilisées comme armatures du béton armé, renfermant des formes organiques rouges en verre soufflé. Le titre polysémique Cellules fait à la fois référence aux espaces d’enfermement et aux plus petits composants des organismes vivants, signalant plusieurs niveaux de lecture possibles. Les grilles de fer géométriques alliées à la fragilité, la transparence et la rondeur des formes en verre évoquent l'emprisonnement mais aussi la pulsion de liberté.

Dans la même salle est présentée Turbulence (2012), œuvre réalisée avec plusieurs milliers de billes en verre transparentes formant un carré au sol. La juxtaposition des billes de tailles différentes crée une impression de bouillonnement d’eau ou de cellules. Une tension naît de ce mouvement grouillant et irrégulier évoquant des phénomènes naturels contenus dans les limites formelles d’un carré parfait.

Plusieurs œuvres au mur complètent ce paysage où minimalisme et organique se répondent. Pour Projection (velvet) (2013), la surface d’un pan de velours de soie est traitée au laser pour faire apparaître une carte du monde selon la projection de Peters. Cette cartographie est une représentation du monde basée sur la taille réelle des continents. C’est un travail d’inversion : la masse des pays a été créée en retirant du tissu, pour qu'ils apparaissent comme des zones brûlées ou trouées, alors que le tissu laissé intact représente les mers et les océans.

L’installation Electrified II (2010) est composée d’ustensiles de cuisine perforés (passoires, moulinette, râpe) attachés ensemble, suspendus du plafond et reliés à une ampoule branchée à un courant électrique. Le visiteur qui toucherait l’œuvre recevrait une décharge. Les objets domestiques deviennent source de danger.

Mona Hatoum utilise les cheveux depuis le début de sa pratique artistique et ici dans plusieurs œuvres de petit format sur papier : Hair and there (2004) est un diptyque de gravures où les cheveux sont placés directement sur la plaque d'impression pour créer des motifs abstraits qui semblent à la fois composés et aléatoires. L'artiste a réalisé une série d'œuvres sur du papier fait main auxquelles, pour certaines, elle incorpore ses cheveux mais également d'autres éléments corporels comme des ongles ou des poils.

Cette matière organique est aussi une constante dans le travail sculptural de Mona Hatoum. Les cheveux sont associés à la sensualité, à la féminité, mais une fois détachés du corps, ils peuvent provoquer des réactions de rejet. Hair Necklace (wood) (2013) est une nouvelle version du Hair Necklace, présenté à la galerie en 1995. L'objet apparaît à première vue comme un collier de perles, mais l'on découvre en s'approchant qu'il s'agit en fait de boules de cheveux. Ce lien avec le corps de l'artiste mais aussi l'évocation des reliques religieuses, pour lesquelles les cheveux étaient de précieux restes, en fait un objet étrange et fascinant. Pour Hair Mesh (2013), Mona Hatoum a noué et tissé ensemble des cheveux de trois nuances de brun, pour créer une grille minimale. Ce motif ordonné et précis s'oppose au matériau organique et instable qui le compose.
Dans la photographie Van Gogh's Back (1995), la présence des poils nous fait plutôt sourire : des volutes rappelant La Nuit étoilée de Van Gogh sont créées par les mouvements de la main qui a savonné un dos d'homme poilu.

Reflection (2013), qui donne son titre à l'exposition, est une autre œuvre délicate qui joue sur la transparence et la légèreté. Une même photographie de la mère de l'artiste en train de coudre, prise en 1948 à Beyrouth, est imprimée sur trois couches de tulle superposées. Le procédé donne une impression de trois dimensions et de mouvement : le sujet semble présent, en même temps qu'il se dérobe.

Dans la salle sous verrière, deux installations témoignent de sa manipulation d'objets quotidiens pour leur conférer un caractère troublant et déroutant. Sur un banc public, deux chapeaux de paille sont posés. En s'approchant on remarque qu'ils sont tressés ensemble. Sous une apparence légère, Cappello per due (2013) est une oeuvre ambiguë qui questionne le vivre ensemble, la relation à l’autre et son caractère à la fois rassurant et pesant. L'oeuvre Untitled (coat hanger) (2013) consiste en un porte-manteau mural auquel sont suspendus un cintre déformé pour représenter les contours de la carte historique de la Palestine, et un sac de course découpé dans une carte en arabe de la Palestine. L'artiste aborde subtilement le statut du pays d'origine de ses parents et la fragilité de ses frontières.
YOU ARE STILL HERE (2013) ("Vous êtes toujours ici") est un petit miroir qui renvoie le visiteur à sa réalité existentielle et donc à sa mortalité de manière frontale.

L'exposition Reflection déploie un univers empli de métaphores et d'acrobaties visuelles qui questionne tour à tour l'intime et la marche du monde. L'alliance entre légèreté et force dans les œuvres de Mona Hatoum provoque un décalage surprenant qui sonde avec finesse notre rapport au monde.

Plusieurs expositions personnelles de Mona Hatoum sont en cours ou à venir : Kunstmuseum St.Gallen, Suisse (jusqu’au 12 janvier 2014), Turbulence, Mathaf: Arab Museum of Modern Art, Qatar (février 2014), Centre Pompidou (2015).
Son œuvre Hair Necklace (1995) est actuellement présentée dans l’exposition Le Surréalisme et l’objet au Centre Pompidou jusqu’au 3 mars 2014.