David Douard

Permanent Hymns

26 avril — 4 juin 2025

Pour sa quatrième exposition à la Galerie Chantal Crousel, Permanent Hymns, David Douard compose une polyphonie de formes et de matières, comme autant d’hymnes partagés. À travers un ensemble d’œuvres inédites, l’artiste déploie un langage plastique en constante mutation, mêlant médiums et motifs dans un équilibre oscillant entre fragilité et présence statuesque.



SUBSTANCE MALÉFIQUE (REMIX MORT-VIVANT)
par Charlie Fox

Dans quel monde sommes-nous ?

Un monde où, après un rituel dystopique s’apparentant à une célébration de l’équinoxe ou de l’arrivée du printemps, on revêt une coiffe en forme de chauve-souris aux crocs chromés et rutilants, ornée de perles et de fleurs en métal glacé, au milieu d’un paysage jonché de déchets toxiques, de détritus et d’ossements d’animaux tous étrangement lumineux.

Un monde où les gens fondent devant un immense tas de sperme mutant d’un rose criard recouvert de jolies fleurs roses, comme si un somptueux jardin artificiel de Jeff Koons se trouvait à l’intérieur, se transformant lentement en quelque chose d’autre.

Un monde joyeusement traumatisé parce que le chef-d’œuvre Crash de David Cronenberg, avec son mélange terrifiant de chair et de métal, a en fait été le plus gros succès du box-office en 1996.

D’accord, les sculptures de David Douard donnent à voir tous ces mondes à la fois. C’est un savant fou. Je ne suis même pas toujours certain de ce qu’elles sont. La façon dont elles sont disposées me fait penser à des autopsies, à des créatures ouvertes dont l’intérieur et l’extérieur se confondent. Elles me donnent la chair de poule. C’est magique.

Il crée une version mutante de la sculpture qui laisse entrevoir les vestiges du passé de ce medium à travers le chaos et les décombres. Cela peut évoquer une version cyberpunk de Robert Rauschenberg à ses débuts, quand il s’attachait à révéler la poésie des déchets, en particulier avec Bed, œuvre gore éclaboussée de sang et suspendue comme l’une des sculptures de David, à la fois scène de crime, marais de science-fiction et objet trouvé répugnant. David ne vole rien aux grands, mais pour le plaisir, l’une de ses œuvres contient un petit crâne de cerf en plastique. (Tetsumi Kudo est également présent, mort-vivant mais en pleine croissance, avec ses morceaux de corps et sa fausse matière organique. Kudo aimait les fleurs lui aussi.) L’organique et l’ingénierie s’accouplent et s’imitent, donnant naissance à de nouvelles entités étranges.

Des roses peintes cachées ici et là au lieu de celles qui pourrissent, fleurs de métal, tiges métalliques utilisées en guise d’os. Face aux dimensions anatomiques de ces œuvres, je me demande si elles ne seraient pas également des mutations du concept surréaliste du cadavre exquis, une déformation hallucinée du corps produite par plusieurs cerveaux à la fois, mais destiné à l’époque du brouillage cérébral gluant de ChatGPT – ou celle qui suivra.

Des « hymnes permanents » plutôt que des berceuses, mais des hymnes permanents à quoi ? Aux cauchemars ? À H.R. Giger ? Un morceau de métal peut être un hymne permanent, car contrairement à la tragédie de l’organique, lui ne pourrit pas, mais devient étrange au fil du temps. La rouille ne dort jamais. Même le magnifique crâne de chauve-souris imaginé par une créature du futur, dévouée et sensible, deviendra à terme un terrain de jeu pour les vers. Cela me rappelle le crâne, ce memento mori tapi dans les tableaux de la Renaissance, des roses poussant hors de ses orbites. 

Les orbes, énormes globes oculaires monstrueux et luisants dispersés dans les œuvres de David, nous projettent eux aussi dans un autre monde. Oui, le « futur » est un mot qu’on ne peut manipuler qu’en combinaison de protection, envahi par une angoisse noire de jais qui vous traverse de part en part. Un futur de pourrissement accru, de toxicité environnementale, où notre rapport à la technologie (et celui de la technologie avec nous) devient de plus en plus étroit… 

Un futur où un archéologue, portant une version métallique d’un masque contre la peste, examine ce qui est encodé dans les créations de David, ce festin de matières caché au cœur de l’œuvre.

Est-ce une clôture ou la membrane du visage d’un mutant écorché ?

Était-ce un cercueil ? 

Lorsque l’on s’approche des œuvres de David, on voit parfois notre visage suinter sur leur surface brillante. « Distordu » est probablement le terme qui s’applique. Oui, « distordu ». Comme un nouveau mutant à disséquer.

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