Tour de Madame est la première grande rétrospective consacrée à son œuvre et représente ainsi une occasion unique pour le grand public de découvrir l’ampleur étonnante et spectaculaire de sa peinture. À bien des égards, l’exposition prend la forme d’un voyage de découverte, réunissant plus de 150 tableaux selon une approche totalement inédite. Nombre d’entre eux n’ont jamais été montrés auparavant, ou n’ont pas été présentés depuis leur toute première exposition. Parmi les moments forts figure une nouvelle série de 15 toiles – en écho au cycle La Bataille de Lépante de Cy Twombly, exposé en permanence au Museum Brandhorst – qui incarne le propre « combat » de Koether avec l’histoire de l’art.
L’exposition propose un parcours chronologique à travers l’œuvre multiforme de Koether. Elle remonte à ses débuts, dans le contexte du néo-expressionnisme à Cologne au début et au milieu des années 1980, puis à son exploration de la couleur rouge comme instrument expressif – une réponse au cliché du peintre masculin. Après son installation à New York au début des années 1990, Koether réalise de grandes toiles spectaculaires, d’une intensité colorée saisissante, où s’entrelacent, dans des gestes picturaux denses, des motifs empruntés à la culture pop, à la littérature et à l’histoire de l’art. Au début des années 2000, sa démarche s’oriente de plus en plus vers la performance et la musique, culminant dans des toiles noires encre et des peintures-assemblages intégrant des objets dévotionnels issus des cultures punk et noise. Le dernier chapitre de l’exposition est consacré au tournant excentrique de Koether vers la peinture d’histoire et ses récentes réappropriations de la mémoire visuelle de l’histoire de l’art.
En tant qu’artiste femme, l’œuvre de Jutta Koether est programmatique dans sa remise en cause du canon artistique dominé par les hommes. Elle réfléchit à cette histoire et reprend des motifs issus d’artistes féminines telles que Georgia O’Keeffe, Eva Hesse ou Louise Bourgeois. Ainsi, par exemple, le choix de Koether de placer la couleur rouge au cœur de son travail : selon les contextes, le rouge incarne la douleur, la honte, l’hystérie, l’intensité, l’agression, la provocation, le maquillage, le désir, la féminité. Le rassemblement de ces ensembles de travaux disparates permet donc d’apprécier l’importance historique de son œuvre : une tentative ambitieuse de proposer une contre-histoire face aux canons (masculins) de la peinture moderne. Le caractère systématique et constant de sa démarche ne laisse aucun doute : Jutta Koether est, avant tout, l’une des peintres allemandes les plus importantes de ces dernières décennies.`
Le Museum Brandhorst a accueilli une conversation entre l’artiste et Kerstin Stakemeier, le 28 juin à 19 heures.
Lors du dernier week-end de l’exposition, le Museum Brandhorst, en collaboration avec les Münchner Kammerspiele et l’Académie des beaux-arts de Munich, a organisé une série d’événements : conférences, performances et concerts.
L’exposition est accompagnée d’un catalogue substantiel, première étude systématique de la pratique artistique de Jutta Koether. Il présente l’ensemble de son œuvre de 1982 à ses créations les plus récentes, réalisées spécialement pour l’exposition, au travers d’une série complète d’illustrations comptant environ 230 reproductions en couleur. Publié en éditions séparées, allemande et anglaise, il réunit des contributions d’historiens de l’art internationalement reconnus : Manuela Ammer, Benjamin H.D. Buchloh, Julia Gelshorn, Achim Hochdörfer, Branden W. Joseph, Tonio Kröner, Michael Sanchez et Anne Wagner, chacun éclairant un groupe d’œuvres ou une période de la carrière de Koether.