Allora & Calzadilla, Rirkrit Tiravanija, Haegue Yang

Does the flower hear the bee?

15th Shanghai Biennale, Shanghai, Chine
8 novembre 2025 — 31 mars 2026
Exposition

Allora & Calzadilla, Graft (Phantom Tree), 2025 ; Rirkrit Tiravanija, untitled 1992 (cure), 1992 ; Haegue Yang, Accommodating the Epic Dispersion – On Non-cathartic Volume of Dispersion, 2012, in Does the flower hear the bee?, vues d'installation, 15th Shanghai Biennale, Shanghai, Chine (2025). Photos : Power Station of Art.

Allora & Calzadilla, Rirkrit Tiravanija et Haegue Yang participent à la 15e Biennale de Shanghai, intitulée Does the flower hear the bee?.

Allora & Calzadilla présentent les œuvres Penumbra (2020) et Phantom Forest (2025).
Penumbra (2020) est un paysage composé de lumière, de son et de mémoire. Projetées sur les murs et le sol de l’atrium, des bandes de lumière mouvantes simulent le soleil filtrant à travers la canopée de la forêt de la vallée d’Absalon, en Martinique. L’œuvre évoque un moment chargé d’histoire en 1941, lorsque Aimé et Suzanne Césaire se promenaient dans ces bois en compagnie de surréalistes exilés fuyant l’Europe. Cette brève rencontre a tissé ensemble pensée anticoloniale, vision poétique et refuge politique. Il ne s’agit pas ici de représenter cet épisode historique, mais d’en faire surgir la trace. La lumière réagit en temps réel à la position du soleil au-dessus de Shanghai, fusionnant ainsi deux géographies en un seul champ d’ombres. Une composition sonore de David Lang ajoute des tons d’ombre — des fréquences qui émergent entre les notes, comme une mémoire qui refait surface depuis le silence. Penumbra ne reconstruit pas le passé : elle en irradie la rémanence, suggérant que l’histoire n’est pas figée, mais diffuse, réfractée, et toujours en devenir.
Dans Phantom Forest (2025), Allora & Calzadilla cherche à créer un espace où l’absence devient tangible. Suspendues dans l’air, des milliers de fleurs synthétiques flottent sans racines ni branches — traces d’une forêt qui n’existe plus. Leur mouvement n’est pas dicté par les courants locaux, mais par des données en temps réel provenant des alizés des Caraïbes : les mêmes vents qui, autrefois, portaient bateaux, tempêtes et récits à travers l’Atlantique. Ces forces lointaines animent désormais une canopée spectrale à des milliers de kilomètres de leur origine, pliant la distance en présence, et la mémoire en mouvement. Il ne s’agit pas ici de raconter une histoire, mais de construire un système de mémoire — une écologie du déplacement, de la migration et de la transformation. Les fleurs restent en suspension, dans un moment détaché du temps, vibrant d’une sensation plus ressentie que comprise. Phantom Forest interroge ce qui subsiste après la rupture, ce qui demeure lorsque le visible disparaît. Dans ce souffle suspendu, l’air devient à la fois témoin et archive.

Rirkrit Tiravanija réunit des œuvres nouvelles et historiques qui poursuivent son engagement de longue date envers l’espace social, le langage et l’expérience collective. L’exposition présente deux nouvelles bannières de texte de grande envergure, THE FORM OF THE FLOWER IS UNKNOWN TO THE SEED et MY BODY IS FILLED WITH WAITING. À leurs côtés, untitled 1992 (cure), l’emblématique tente à thé orange, untitled 1994 (angst essen seele auf), un bar fonctionnel inspiré de Fassbinder ainsi qu'un atelier de sérigraphie de T-shirts arborant la phrase FEAR EATS THE SOUL, prolongent l’exploration de l’artiste autour de l’hospitalité et de la rencontre.

Haegue Yang présente les installations Burgeoning Polyscopic Vista (2023), Alien Colloquial (2022) et Accommodating the Epic Dispersion – On Non-cathartic Volume of Dispersion (2012).
Commissionnée par l’Institut Curie à Paris, Burgeoning Polyscopic Vista (2013) déploie un grand papier peint mêlant archives, photographies et images médicales, créant un environnement où savoir, vision et réalité se rencontrent. Sur fond gris clair, Haegue Yang explore les différentes technologies de l’imagerie médicale ; radiographies, IRM, ultrasons, microscope électronique, IRM cérébrale et photographies de Marie Curie, connectées par un réseau évoquant un système neuronal. La composition s’étend vers le matériel hospitalier, tubes et instruments, d’où émergent plantes médicinales et herbes curatives. À distance, la forme centrale suggère subtilement un crabe, référence à l’étymologie grecque du cancer. L’ensemble reflète un organisme unifié, mêlant médecine traditionnelle et high-tech, illustrant la mission de recherche, d'enseignement et de traitement de l’institut.
Avec l'œuvre Alien Colloquial (2022), Haegue Yang déploie un processus de recherche minutieux à travers de grands collages abstraits immersifs. Entre art, architecture, nature, immigration, musique et danse, Haegue Yang propose une étude éclectique et subjective du Brésil, vue par un regard étranger. Les collages assemblent yeux, oreilles et mains de figures comme Tomie Ohtake, Mira Schendel, Lina Bo Bardi, Caetano Veloso, mêlés à Hello Kitty, paysages, fruits tropicaux et instruments, créant un mosaïque foisonnante. L’œuvre dialogue avec l’histoire de l’art brésilien tout en proposant de nouvelles stratégies de transposition, traduction et appropriation.
Accommodating the Epic Dispersion – On Non-cathartic Volume of Dispersion (2012) se compose de stores vénitiens suspendus au plafond. Selon l’angle d’approche, les stores se superposent en un nombre variable de couches, et le jeu de lumière et d’ombre évolue selon la position du spectateur. Parfois, l’installation paraît complètement opaque, parfois entièrement translucide. Le titre fait référence aux inspirations de Haegue Yang, qui s’inscrivent dans le traitement littéraire des migrations et de la diaspora. L’artiste explore les thèmes de la migration et de l’incertitude. Elle traduit ces enjeux en une expérience spatiale et introduit l’abstraction dans la narration : en traversant l’installation, le visiteur explore la relation entre espace, dimensions, poids et volume, là où la force et le contrôle se manifestent, là où ils s’affaiblissent, voire disparaissent, et là où ils se recréent ou se reconstruisent.

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