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Jean-Luc Moulène

Inauguration

Plan B Foundation, Cluj, Roumanie
18 septembre — 22 novembre 2026
Exposition

Jean-Luc Moulène dans Inauguration, vues d'exposition, Plan B Foundation, Cluj, Roumanie (2026). Courtoisie de la Fundația Plan B, Cluj, Roumanie (2026). Photos : YAP studio / Mădălin Mărgăritescu. © Jean-Luc Moulène / ADAGP, Paris (2026).

Jean-Luc Moulène participe à l’exposition inaugurale de la Plan B Foundation. Réunissant des œuvres qui mobilisent, d’un point de vue spatial ou symbolique, différentes couches ou parties du bâtiment, ou qui inaugurent elles-mêmes un langage, une relation métaphorique ou le scénario d’un commencement, l’exposition crée des parcours réinvestissant ce nouvel espace de sens, de gestes et de possibilités.

Jean-Luc Moulène présente plusieurs œuvres, dont un nouvel assemblage sculptural intitulé Three Graces (Paris-Cluj) (2026). Conçu pour les fosses de la cour, il se compose de trois sculptures de jardin en béton adossées les unes aux autres, dans un processus d’érosion réciproque. Tournant sur leur propre axe et se rapprochant progressivement les unes des autres, les trois figures entrent dans une relation dont les tensions et la résolution, le début et la fin, ainsi que l’équilibre changeant entre attrition et consolidation, ne peuvent jamais être pleinement déterminés. L'œuvre interroge et réinterprète l’iconographie des Trois Grâces — Aglaé, Euphrosyne et Thalie, dont les noms peuvent se traduire approximativement par « Éclat », « Joie » et « Fleurissement » —, l’un des motifs les plus souvent réinventés de l’art occidental, et l’un des plus instables sur le plan sémantique. Les Trois Grâces sont les compagnes d’Aphrodite, les servantes des Muses, ou encore les personnifications de la générosité grâce à laquelle la vie sociale acquiert sa grâce. La composition canonique — deux figures faisant face au spectateur, une de dos, leurs bras entrelacés dans une chaîne de gestes réciproques — s’inspire de la sculpture hellénistique. Son ingéniosité formelle réside dans la représentation simultanée du corps féminin sous plusieurs angles, répondant ainsi à l’intérêt du sculpteur pour la figure en ronde-bosse tout en satisfaisant le besoin du peintre de créer du mouvement au sein d’un ensemble par ailleurs statique. L’entrelacement des bras symbolise les liens sociaux que représentent les Grâces : la circulation des dons, des grâces et des obligations. L’une donne, l’autre reçoit, et la troisième rend ; la chaîne doit rester intacte pour que le don conserve sa vertu. Cette logique se reflète dans la manière dont les trois figures sont si souvent apparues, au cours de leur histoire iconographique, comme une seule et même femme vue sous différents angles. Jean-Luc Moulène fait ici le contraire. Il inscrit la sculpture dans un processus d’érosion continu, dans lequel chaque statue érode les deux autres et y laisse sa propre empreinte. Au fur et à mesure que le processus se poursuit, certaines des particularités des figures initiales disparaissent, tout comme les métaphores plutôt conventionnelles de la fertilité qu’elles véhiculaient. Si, tout au long de l’histoire de ce motif, un seul portrait idéalisé se réfracte en trois personnes différentes, ici trois présences distinctes sont liées entre elles dans un point d’indistinction, à mi-chemin entre leur autonomie passée et leur destruction, à un point où se mêlent violence et tendresse. Chaque figure devient le fond sur lequel les deux autres prennent forme.

D’autres œuvres de la sélection révèlent la conception que Moulène se fait du corps comme un entrelacement d’organes, de rituels et d’abstractions : des os qui colmatent les trous dans des objets, des entrailles transformées en architecture cérémonielle, des lacunes à la fois comblées et délimitées. Ce sont là les signes et les symptômes d’un corps disjoint qui lutte pour retrouver son ordre métabolique, sa composition.

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